• ⇒La PSQ présentée comme un succès : des policiers de terrain dénoncent une «fake news»

    La PSQ présentée comme un succès : des policiers de terrain dénoncent une «fake news»

     

    © SEBASTIEN BOZON Source: AFP
    Laurent Nunez rencontre des policiers à Strasbourg en novembre 2018 (image d'illustration).
     

    Les premiers effets vertueux de la police de sécurité du quotidien, initiée par Gérard Collomb se feraient déjà sentir, à en croire un article du Parisien. Pourtant des policiers du secteur ne l'entendent pas de cette oreille et s'insurgent.

    Un article paru dans Le Parisien le 27 novembre annonce une bonne nouvelle : la police de sécurité du quotidien (PSQ), initiée par le ministre de l'Intérieur démissionnaire Gérard Collomb, pourrait s'enorgueillir d'un «premier bilan positif» dans l'Essonne. Cependant, du point de vue des policiers de terrain, c'est précisément le contraire d'un succès... Le Collectif autonome des policiers d'Ile-de-France (CAP-IDF) s'est particulièrement offusqué de la teneur de l'article : «Nous avons encore la preuve d'une volonté de désinformation adressée à nos concitoyens», a déclaré l'organisation non-syndicale dans une publication Facebook.

    Et de déplorer l'omniprésence des gradés interrogés dans l'article du Parisien : «Il est aisé de constater la (bonne) parole qui a été donnée aux autorités, chefs de service et Directeur Départemental bien placés au premier rang. Mais où sont nos collègues qui auraient mérité leur part au chapitre ?»

    Alors que le ministère de l'Intérieur a probablement voulu marquer le coup en envoyant Laurent Nunez en visite à Courcouronnes le 26 novembre, à l'occasion de cette opération de communication sur la PSQ (sobrement nommée «retour d'expérience» dans l'article du quotidien), les policiers de terrain s'insurgent : «Cette enquête d'un journaliste pas très fouineur ne reflète aucunement la réalité de fonctionnement des services cités. Il eût été opportun de prendre attache auprès des effectifs qui exercent sur place !» 

    Les gardiens de la paix en colère opposent ainsi leurs observations de terrain à celles qui sont développées dans l'article. Là où Le Parisien vante les renforts apportés au commissariat de Longjumeau «dédiés au trafic de stupéfiants [...] pour faire face aux dealeurs [du quartier de] la Rocade», les policiers du CAP-IDF répliquent : «A Longjumeau, le directeur évite de dire qu'il a augmenté les effectifs de la BAC en puisant dans ceux du Service Général (Police Secours) si bien qu'une seule patrouille tenue se fait à deux ou trois effectifs seulement» et de préciser : «Ce commissariat n'a pas vu de sorties d'école depuis 2015. L'organigramme est en berne !»

    Cette population sait-elle que seuls deux ou trois flicards sont en charge de surveiller et protéger nos concitoyens ?

    Le Parisien met en valeur les services nouveaux qu'apporte la PSQ : une ligne téléphonique directe pour joindre «le chef des opérations au commissariat en cas de besoin» pour les commerçants de Palaiseau, la mise en place d'un nouveau bus scolaire pour éviter les incivilités à Saint-Germain-lès-Corbeil, ainsi que des interventions de prévention de la part de la gendarmerie dans les salles de classe. Le quotidien d'Ile-de-France ajoute que dorénavant, «les commissaires accueillent la population», notamment à Savigny-sur-Orge, Montgeron et Athis-Mons : «[Ces derniers] sont parvenus à libérer des créneaux dans leur emploi du temps, une fois par semaine ou par mois, pour rencontrer les citoyens. Sur rendez-vous, ces officiers accueillent donc ceux qui le souhaitent.» Le courant social passerait-il de nouveau entre police et population, tel que le réclament à cors et à cris les syndicats depuis la disparition de la police de proximité conformément à la décision de Nicolas Sarkozy en 2003 ?

    Selon le collectif policier, les membres des forces de l'ordre voudraient y croire, mais les moyens d'accomplir cet exercice ne sont pas réunis à ce jour : «Cette population sait-elle que le taux d'occupation de voie publique est infime au vu des communes à sécuriser. Sait-elle que seuls deux ou trois flicards sont en charge de surveiller et protéger nos concitoyens ? Les nombreuses sollicitations de ces derniers ne peuvent en aucun cas être suivies des actes d'une police qui ne peut plus assurer la continuité du service. On constate donc que le Directeur est venu avec sa poignée de poudre de perlimpinpin déposée allègrement sur le devant de la scène... Cette pratique de la PSQ se veut constructive avec les collaborateurs extérieurs et les administrés. Avec trois policiers et un cône de Lübeck, la tâche risque d'être compliquée ! Elle est là, la vérité, monsieur le journaliste ! #FakeNews.»

    Castaner et Nunez : déjà discrédités ?

    Alors que les syndicats et les policiers militants semblaient vouloir encore laisser le bénéfice du doute au nouveau duo à la tête du ministère de l'Intérieur, incarné par Christophe Castaner et son bras droit Laurent Nunez, il se pourrait que la lune de miel ne dure pas longtemps entre les policiers et les successeurs de Gérard Collomb qui doivent assumer son héritage. De source policière, le silence de Christophe Castaner au sujet de la marche blanche en hommage à Maggy Biskupski, ancienne porte-parole des «policiers en colère», qui s'est tenue le 24 novembre est mal passé du côté des forces de l'ordre... Le ministre de l'Intérieur avait réservé ses interventions médiatiques à la marche contre les violences sexistes qui se tenait le même jour et aux violences contre la police qui ont également eu lieu le même jour, lors de la manifestation des Gilets jaunes à Paris.

    Pour ne rien arranger, Linda Kebbab, la très médiatique déléguée nationale du syndicat Unité-SGP-FO s'est fendue d'un tweet assassin brocardant la posture du ministre régalien au chevet de l'agent blessé en posant la question qui fâche : «[Le policier blessé] devra-t-il prendre à sa charge les frais médicaux comme c’est de plus en plus le cas pour les policiers ? Médecins, praticiens, pharmaciens n’acceptent plus les formulaires de prise en charge du ministère de l’Intérieur car ils ne sont jamais payés.»

    Au sein des forces de sécurité, la grogne s'intensifie chaque semaine et les suicides s'accumulent (34 suicides en 2018 pour la police dont cinq depuis le 12 novembre). L'attitude du gouvernement, refusant de prendre à bras le corps le sujet du mal-être policier, mènera-t-elle à une rupture totale avec les effectifs de terrain ?

    La multiplication des associations apolitiques en dehors de tout mandat syndical qui se disent déçues des représentants sociaux et rejoignent les mouvements de policiers en colère depuis 2016 pourrait mettre la puce à l'oreille de Christophe Castaner et Laurent Nunez... Mais n'ayant jamais été policiers ni l'un, ni l'autre, quelle importance accorderont-ils à la parole de ces simples flics ?

    Antoine Boitel

     

    Source

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