• ⇒George Orwell antisémite?

     

     

    OrwellGeorge Orwell est l’auteur du fameux roman “1984”, publié juste avant sa mort, en 1950. Orwell (c’est un nom de plume ; son vrai nom est Eric Blair), qui s’était engagé du côté trotskiste pendant la guerre d’Espagne, règle ses comptes avec les communistes staliniens en dénonçant une société totalitaire, dans laquelle même l’opposition est entièrement contrôlée par le régime. L’insaisissable “Goldstein”, le chef de la résistance, s’avère à la fin du livre n’être en effet qu’un collaborateur de “Big Brother” (le régime stalinien). George Orwell y dénonce donc la Russie soviétique (l’URSS), qui n’a pas hésité à écraser les trotskistes, dénoncés comme “fascistes”, mais paraît avoir compris toute l’imposture de l’idéologie communiste en général, en présentant la dissidence trotskiste comme un leurre, destiné à tromper les opposants au système. Le nom de “Goldstein” a évidemment été choisi en référence à Trotski, un juif – comme de nombreux dirigeants bolcheviks – dont le vrai nom était Bronstein. 

    Après avoir consacré la majeure partie de sa vie à la lutte contre le “capitalisme” et aux idées “de gauche”, George Orwell avait donc redécouvert certaines évidences qu’il avait perçues lorsqu’il était plus jeune, et qui avaient été étouffées par cette inlassable propagande cosmopolite en faveur de la disparition des frontières et de l’unification du monde, qui sont la marque à la fois de l’idéologie libérale et de l’idéologie communiste.

    À trente ans, en 1933, il avait fait paraître son premier livre, Dans la dèche à Paris et à Londres (titre original : Down and out in Paris and London), qui relate son expérience de travailleur précaire ainsi que le sort misérable des chômeurs et des vagabonds dans ces deux capitales européennes à la fin des années 1920. Il relatait alors ce qu’il voyait de ses propres yeux. Il est ici à Paris. Il a 25 ans, et il est “dans la dèche”. Nous avons tronçonné le texte du livre et vous présentons ici les passages les plus abrasifs.

     

    Merci à Georges, l’ancien libraire de la librairie nationale, rue de la Sourdière, de nous avoir fait découvrir ce texte. Hervé RYSSEN.

     

     Les quarante-sept francs qui me restaient s’épuisèrent très vite et je dus me débrouiller de mon mieux avec les trente-six francs hebdomadaires de mes leçons d’anglais. N’ayant pas appris à compter, je dépensais à tort et à travers et il m’est plus d’une fois arrivé de rester tout un jour sans manger. Quand cela se produisait, je vendais quelques effets personnels, que je sortais discrètement de l’hôtel, enveloppés dans des petits paquets, et que je portais à un fripier de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. L’homme était un Juif aux cheveux roux, un homme extraordinairement désagréable, qui entrait parfois dans de violentes colères à la seule vue d’un client, comme si celui-ci l’insultait en pénétrant dans son échoppe. « Merde ! s’écriait-il. Encore vous ? Vous me prenez pour qui ? Pour le fourneau économique ? » Et il offrait des prix dérisoires. Pour un chapeau que j’avais payé vingt-cinq shillings et à peine porté, il m’accorda cinq francs. Pour une bonne paire de chaussures, cinq francs encore. Pour des chemises, un franc la pièce. Il préférait échanger qu’acheter et avait mis au point un truc qui consistait à vous fourrer entre les mains un quelconque article sans valeur et à faire ensuite comme si vous aviez accepté l’objet en paiement. Je l’ai vu un jour prendre un très bon pardessus à une vieille femme, lui coller dans la main deux boules de billard et la pousser vivement vers la porte sans lui laisser le temps de protester. C’eût été un véritable plaisir que d’aplatir le nez de ce Juif – pour quelqu’un, en tout cas, qui se fût trouvé en situation de le faire

    Ces trois semaines furent pénibles et sordides, mais le pire était encore devant moi, car le moment approchait où il me faudrait à nouveau payer l’hôtel. Pourtant, j’étais loin d’être aussi malheureux que je l’aurais cru. Car, lorsque vous vous trouvez au seuil de la misère, vous faites une découverte qui éclipse presque toutes les autres. Vous avez découvert l’ennui, les petites complications mesquines, les affres de la faim, mais vous avez en même temps fait cette découverte capitale : savoir que la misère a la vertu de rejeter le futur dans le néant. On peut même soutenir, jusqu’à un certain point, que moins on a d’argent, moins on se tracasse pour cela. Quand il vous reste cent francs en poche, vous imaginez les pires ennuis. Si vous avez trois francs, cela ne vous fait ni chaud ni froid. Car avec trois francs, vous avez de quoi manger jusqu’au lendemain : vous ne voyez pas plus loin. Vous êtes ennuyé, mais vous n’avez aucune peur. Vous vous dites vaguement : « Dans un jour ou deux je n’aurai plus rien à me mettre sous la dent – embêtant ça. » Puis vous pensez à autre chose. Le régime du pain sec et de la margarine sécrète, en un sens, son propre analgésique. Il est un autre sentiment qui aide grandement à supporter la misère. Tous ceux qui sont passés par là doivent sans doute l’avoir connu. C’est un sentiment de soulagement, presque de volupté, à l’idée qu’on a enfin touché le fond. Vous avez maintes et maintes fois pensé à ce que vous feriez en pareil cas : eh bien ça y est, vous y êtes, en pleine mouscaille – et vous n’en mourez pas. Cette simple constatation vous ôte un grand poids de la poitrine.  

    À présent, il me fallait absolument trouver du travail. Je me souvins d’un ami que j’avais, un garçon d’hôtel russe du nom de Boris, qui pouvait peut-être me venir en aide. J’avais fait sa connaissance dans la salle commune d’un hôpital où il était en traitement pour une arthrite de la jambe gauche. Il m’avait dit de venir le trouver si jamais je me trouvais en difficulté. Je dois dire quelques mots de Boris, car ce curieux personnage fut longtemps pour moi un ami très sûr. C’était un grand gaillard d’environ trente-cinq ans, à l’allure encore martiale. Il avait jadis porté beau, mais les séjours prolongés au lit nécessités par son état l’avaient fait énormément grossir. Comme beaucoup de réfugiés russes, il avait connu une vie assez mouvementée. Ses parents, tués lors de la révolution, avaient eu de la fortune et Boris avait servi pendant la guerre dans le 2e régiment de tirailleurs sibériens, qui était, d’après lui, la meilleure unité de l’armée russe. … Il avait épuisé son argent, mis au clou tout ce qu’il possédait et était resté plusieurs jours durant sans manger. Il avait dormi une semaine sous le pont d’Austerlitz, entre des barriques de vin vides. Depuis quinze jours il partageait cette chambre avec un Juif qui travaillait comme mécanicien. Au terme d’explications passablement embrouillées, je compris que le Juif devait trois cents francs à Boris et qu’il le remboursait en le laissant dormir par terre la nuit et en lui allouant deux francs par jour pour sa nourriture. Deux francs, c’était de quoi acheter un bol de café et trois petits pains. Le Juif partait au travail à sept heures du matin et Boris pouvait alors quitter sa place de la nuit (juste au-dessous du vasistas, qui laissait passer la pluie) et prendre possession du lit. Ce n’était pas non plus l’endroit rêvé pour trouver le sommeil, à cause des punaises, mais au moins pouvait-il reposer son dos. mais au moins pouvait-il reposer son dos.

    […] Certains jours, Boris paraissait avoir touché le fond. Il restait avachi dans son lit, refoulant les sanglots qui lui montaient à la gorge pour vouer aux cent mille diables le Juif dont il partageait la chambre. Depuis quelque temps, ce Juif se faisait prier pour verser les deux francs quotidiens et, pire, affichait un air protecteur de plus en plus intolérable. À en croire Boris, un Anglais comme moi ne pouvait pas concevoir le supplice que cela représentait pour un Russe de bonne famille de se trouver à la merci d’un Juif. « Un Juif, mon ami, un véritable Juif ! Et qui n’a même pas la pudeur de se voiler la face ! Quand je pense que moi, ancien capitaine du tsar… T’ai-je dit, mon ami, que j’étais capitaine au 2e tirailleurs sibériens ? Oui, capitaine, et mon père était colonel. Et voilà où j’en suis, à manger le pain d’un Juif-Un Juif… Je vais te dire comment sont les Juifs. Un jour – c’était dans les premiers mois de la guerre, nous étions en campagne – nous nous arrêtons dans un village pour y passer la nuit. Un Juif horrible, un vieux Juif avec une barbe rousse de Judas Iscariote arrive à se faufiler jusqu’à mon cantonnement. Je lui demande ce qu’il veut. 

    Excellence, me dit-il, je vous ai amené une jeune fille, une très belle jeune fille, pas plus de dix-sept ans. 

    — Merci, je lui réponds, je n’ai pas envie d’attraper des maladies. 

    — Des maladies ! s’écrie le Juif. Mais monsieur le capitaine, vous n’avez aucune crainte à avoir, c’est ma propre fille ! [Cf. notre chapitre sur « traite des Blanches » in La Mafia juive].

    Voilà le caractère juif. T’ai-je déjà dit, mon ami, que dans l’armée du tsar il était très mal vu de cracher sur un Juif ? Car l’on considérait que la salive d’un officier russe était chose trop précieuse pour être gaspillée sur cette race… », etc. 

    Quand il était dans cette humeur-là, Boris se déclarait trop malade pour sortir chercher du travail. Il restait jusqu’au soir dans ses draps grisâtres, envahis par la  vermine, à fumer et à lire de vieux journaux. Parfois nous jouions aux échecs. Faute d’échiquier, nous marquions les coups sur une feuille de papier. Par la suite, nous en vînmes à fabriquer un plateau avec un côté de caisse, et des pions et des figures à l’aide de vieux boutons, pièces de monnaie belges, etc. Comme beaucoup de Russes, Boris avait la passion des échecs. Il répétait à satiété que les règles du jeu d’échecs sont les mêmes que celles qui régissent l’amour et la guerre, et que si l’on est capable de gagner dans le premier cas on gagnera aussi dans les autres. Mais il disait aussi que, face à un échiquier, on ne se sent jamais le ventre creux – ce qui était peut-être vrai pour lui mais pas pour moi. 

    […] L’argent filait inexorablement – huit francs, quatre francs, un franc, vingt-cinq centimes. Et tout ce qu’on peut acheter avec vingt-cinq centimes, c’est un journal. Nous vécûmes plusieurs jours au régime du pain sec, puis je passai deux jours et demi sans manger. Ce n’est pas drôle. Il y a des gens qui font des cures de jeûne de trois semaines et plus, et qui vous assurent qu’à partir du quatrième jour la sensation est positivement délicieuse. Je n’en sais rien, n’étant jamais allé au-delà du troisième jour. Il faut croire que l’on voit la chose différemment quand on se plie de propos délibéré à cette discipline après avoir largement mangé à sa faim avant. 

    […] La faim réduit un être à un état où il n’a plus de cerveau, plus de colonne vertébrale. L’impression de sortir d’une grippe carabinée, de s’être mué en méduse flasque, avec de l’eau tiède qui circule dans les veines au lieu de sang. L’inertie, l’inertie absolue, voilà le principal souvenir que je garde de la faim. Ça et le fait de cracher très souvent, des crachats à la bizarre consistance floconneuse, évoquant l’écume des larves de cicadelle. J’ignore la raison de ce phénomène, mais tous ceux qui sont restés plusieurs jours sans manger l’ont observé. Le matin du troisième jour, je me sentis tout d’un coup beaucoup mieux, et saisi d’une violente envie d’action. Je n’avais qu’une chose à faire : aller trouver Boris et lui demander de partager ses deux francs, le temps d’un jour ou deux. Quand je me présentai chez lui, Boris était au lit, en proie à une rage folle. Dès qu’il me vit, il s’écria, hoquetant de fureur : « Il me les a repris, ce voleur ! Ce sale voleur ! Repris, tous repris ! 

    — Repris quoi ? Qui ? demandai-je. 

    — Ce youpin ! Ce sale Juif, ce voleur ! Il m’a volé mes deux francs pendant que je dormais ! » 

    Je finis par comprendre que la veille au soir, le Juif avait déclaré tout de go à Boris qu’il ne lui verserait plus ses deux francs quotidiens. D’où une laborieuse palabre au terme de laquelle le Juif était revenu sur sa décision mais, à en croire Boris, de la plus ignominieuse façon, en lui faisant bien sentir que tout n’était là qu’un effet de sa bonté d’âme, à lui, le Juif. Et puis le matin, profitant du sommeil de Boris, il avait repris les deux francs. C’était un rude choc. J’étais atrocement déçu, d’autant que j’avais préparé mon estomac à l’idée qu’il allait recevoir de la nourriture – chose à ne jamais faire quand on est affamé. Je constatai toutefois, non sans étonnement, que Boris était loin de céder au désespoir. Il s’assit sur le lit, alluma une pipe et s’attacha à tirer les leçons de la situation. 

    […] C’est ce jour-là que Charlie me parla de la mort de Roucolle, le vieil avare qui avait naguère vécu dans le quartier. Sans doute Charlie fabulait-il, comme d’habitude, mais l’histoire mérite d’être rapportée. Roucolle était mort, à l’âge de soixante-quatorze ans, un ou deux ans avant mon arrivée à Paris, mais on continuait à parler de lui dans le quartier à l’époque où j’habitais à l’hôtel des Trois Moineaux. Il ne se haussa jamais au niveau d’un Daniel Dancer, ou d’un type comparable, mais ce n’en était pas moins un personnage assez captivant. Il allait chaque matin ramasser des légumes avariés aux Halles, se nourrissait de mou pour les chats, s’enveloppait de vieux journaux en guise de sous-vêtements, utilisait les boiseries de la chambre qu’il occupait comme bois à brûler et portait un pantalon qu’il s’était taillé dans un vieux sac – tout cela bien qu’il eût un demi-million de placé. J’aurais bien aimé le rencontrer. Comme beaucoup d’avares, Roucolle finit par tout perdre en investissant son capital dans une entreprise insensée.  

    Un jour, un Juif fit son apparition dans le quartier, un jeune homme plein d’allant et, semblait-il, très dégourdi en affaires, qui avait mis au point un système mirifique pour passer en Angleterre de la cocaïne de contrebande. [Cf. notre chapitre sur le trafic international de drogues in La Mafia juive]. Il est, bien sûr, assez facile d’acheter de la cocaïne à Paris, et ce genre de commerce ne présenterait pas de difficulté particulière s’il ne se trouvait toujours un mouchard pour vendre la mèche aux douanes ou à la police. D’ailleurs, si l’on en croit la rumeur, ce mouchard est bien souvent celui-là même qui vous a vendu la cocaïne, car ce trafic est entièrement aux mains d’un puissant consortium qui n’aime guère la concurrence. Le Juif avait toutefois juré que l’affaire ne comportait aucun risque. Il connaissait un moyen de faire venir de la cocaïne directement de Vienne, sans passer par les filières habituelles, et il n’y aurait pas de chantage à redouter. Il était entré en relation avec Roucolle par l’intermédiaire d’un jeune Polonais, étudiant en Sorbonne, qui était disposé à investir quatre mille francs dans l’entreprise si Roucolle en apportait de son côté six mille. Avec la somme ainsi réunie, on pouvait acheter dix livres de cocaïne qui vaudraient une petite fortune en Angleterre. Le Polonais et le Juif durent batailler ferme pour arracher l’argent des griffes du vieil avare. Six mille francs, ce n’était pas une très grosse somme pour Roucolle, qui en avait bien davantage dissimulé dans son matelas, mais c’était mettre le vieillard au supplice que de lui demander de se séparer d’un simple liard. Plusieurs semaines durant, les deux compères ne ménagèrent pas leurs efforts, usant tour à tour de la persuasion, de l’intimidation, de la flatterie, de l’appel au bon sens, implorant à genoux le vieillard pour le décider à sortir son argent. Roucolle ne savait plus à quel saint se vouer, partagé qu’il était entre la peur et la cupidité. Tout son être frémissait à l’idée de réaliser un bénéfice atteignant peut-être cinquante mille francs, mais il ne pouvait se résoudre à avancer la somme demandée. On le voyait assis dans un coin, la tête entre les mains, marmonnant des paroles indistinctes entrecoupées de cris d’agonie, puis soudain s’agenouillant – il était très pieux – pour supplier le ciel de lui venir en aide. Mais rien n’y faisait : c’était plus fort que lui. Enfin, plus par lassitude que pour toute autre raison, il rendit les armes : il éventra le matelas où il cachait son magot et remit six mille francs au Juif. Ce dernier livra la cocaïne le jour même et disparut aussitôt. Mais à ce moment-là – et ce n’était guère surprenant après toutes les simagrées auxquelles s’était livré Roucolle – tout le quartier était au courant de l’affaire. Le lendemain matin, la police se présentait à l’hôtel pour perquisitionner. Roucolle et le Polonais étaient dans leurs petits souliers. Les agents avaient commencé à fouiller systématiquement chaque chambre, en commençant par les étages du bas, et le gros paquet de cocaïne était là, bien en évidence, sur la table : pas moyen de le dissimuler, et pas moyen non plus de filer par l’escalier, étant donné que des agents étaient postés à l’entrée de l’hôtel. Le Polonais était d’avis de jeter la drogue par la fenêtre, mais Roucolle ne voulait pas entendre parler de cette solution. Charlie m’assura avoir été témoin de toute la scène : à l’en croire, quand on avait tenté de lui prendre le paquet, Roucolle l’avait agrippé et serré de toutes ses forces sur sa poitrine, en se débattant comme un forcené malgré ses soixante-quatorze ans. Il était vert de frousse mais préférait risquer la prison plutôt que de perdre son argent. Enfin, alors que la police fouillait l’étage d’en-dessous, quelqu’un eut une idée. Un des voisins de palier de Roucolle avait chez lui une douzaine de boîtes de poudre de riz qu’il vendait à la commission. L’idée consistait à substituer la drogue au contenu des boîtes. On se dépêcha de jeter la poudre par la fenêtre et de remplir les boîtes de cocaïne, puis on les disposa bien en évidence sur la table de Roucolle, comme autant d’objets parfaitement innocents. Quelques minutes plus tard, les agents frappaient à la porte. Ils sondèrent les murs, inspectèrent la cheminée, vidèrent les tiroirs et examinèrent les lattes du plancher, sans rien trouver. Puis, au moment où ils  s’apprêtaient à s’en aller, l’inspecteur avisa les boîtes posées sur la table. « Tiens, fit-il, voyons un peu ces boîtes. Je ne les avais pas remarquées. Qu’y a-t-il là-dedans, hein ? — De la poudre de riz », répondit le Polonais de son ton le plus indifférent. Mais au même instant, Roucolle poussa un sourd grognement d’angoisse qui éveilla aussitôt les soupçons des enquêteurs. Ils ouvrirent une des boîtes et la vidèrent de son contenu. L’ayant reniflé, l’inspecteur déclara que, selon lui, c’était de la cocaïne. Roucolle et le Polonais jurèrent par tous les saints du paradis que ce n’était que de la banale poudre de riz. Mais en vain : le mal était fait et toutes leurs dénégations ne firent que renforcer les soupçons des policiers. Ils furent arrêtés et conduits au poste, suivis par une bonne moitié du quartier. Au poste, le commissaire interrogea Roucolle et le Polonais tandis qu’on envoyait à l’analyse une boîte de cocaïne. Selon Charlie, Roucolle s’était alors livré à un numéro défiant toute description. Il pleurait, suppliait, faisait des déclarations contradictoires, accusait le Polonais – tout cela à la fois, et avec une telle véhémence qu’on pouvait l’entendre du bout de la rue. Les agents se tenaient le ventre. Au bout d’une heure, l’agent qui avait porté la boîte au laboratoire revint, avec une note du chimiste. Il était hilare. « Ce n’est pas de la cocaïne, monsieur le commissaire, dit-il. — Comment, pas de la cocaïne ! s’écria le commissaire.  Mais alors, qu’est-ce que c’est ? — C’est de la poudre de riz. » 

    Roucolle et le Polonais furent aussitôt remis en liberté, lavés de tout soupçon mais bouillant intérieurement. Le Juif s’était bien moqué d’eux ! Par la suite, quand l’émotion se fut apaisée, on découvrit qu’il avait fait deux autres victimes dans le quartier, en recourant au même procédé. Le Polonais fit une croix sur ses quatre mille francs et jugea qu’il s’en tirait finalement à bon compte. Mais quelque chose s’était cassé chez ce pauvre vieux Roucolle. Il prit le lit et, pendant toute la journée et la moitié de la nuit, on put l’entendre s’agiter, marmonner et, par moment, clamer à tue-tête : « Six mille francs ! Nom de Dieu ! Six mille francs ! » Trois jours après, il eut une sorte d’attaque et il mourut dans la quinzaine qui suivit – le cœur brisé, selon Charlie. 

     

    SOURCE

    « SCHIAPPA : Ou la victoire des PédoSatanistes / L’HEURE DE SE REVEILLER⇒Q : le plan pour sauver le monde »

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