• ⇒De fusions en licenciements massifs, de rachats en délocalisation, comment Sanofi est devenue « Big Pharma »

    ⇒De fusions en licenciements massifs, de rachats en délocalisation, comment Sanofi est devenue « Big Pharma »Par Olivier Petitjean

    Des profits et des dividendes qui explosent, des patrons grassement payés… et des plans de suppressions d’emploi à répétition, ciblant notamment les équipes de recherche et développement. Le laboratoire français Sanofi illustre à sa manière le mouvement de financiarisation et de concentration qu’a connu tout le secteur pharmaceutique.

    Créé en 1973 comme filiale du groupe pétrolier public Elf Aquitaine, le laboratoire Sanofi a grandi petit à petit au gré des acquisitions (comme celle des activités de production de vaccins de l’institut Pasteur au tournant des années 1980). En 1999, il connaît une première grande opération de fusion avec Synthélabo, filiale du groupe L’Oréal qui avait racheté plusieurs laboratoires français historiques. En 2004, c’est la deuxième grande opération de rachat, celui d’Aventis, un groupe lui-même issu de la fusion de plusieurs entités : le laboratoire français Roussel-Uclaf, les activités pharmaceutiques des groupes chimiques Rhône-Poulenc et Dow, et celles de l’allemand Hoechst…

    Le nouveau « champion français » s’est ensuite peu à peu aligné sur les règles fixées depuis Wall Street.

    Après s’être ainsi construit une taille mondiale, le nouveau « champion français » s’est ensuite peu à peu aligné sur les règles fixées depuis Wall Street. Nous avons étudié plus en détail son évolution sur une période de dix ans, entre 2007 et 2017. En termes financiers, les chiffres sont similaires à ceux des autres grands laboratoires mondiaux, qu’ils soient nord-américains ou européens. Le chiffre d’affaires du groupe a bondi de 24 % sur la période, et ses bénéfices de 60 %, tout comme ses dividendes. Le taux de redistribution des profits du groupe français à ses actionnaires s’établit au cours de cette décennie à 107 %. Autrement dit, Sanofi a davantage donné à ses actionnaires sous formes de dividendes et de rachats d’actions qu’il n’a gagné d’argent depuis 2007. Quant à la rémunération du patron de l’entreprise, elle aussi se porte bien, avec une progression de 91 % en dix ans ! Les chiffres de l’emploi constituent le revers de la médaille : si l’effectif mondial du groupe a augmenté de 7 % en dix ans, il a baissé de 11 % en France, avec une perte nette d’environ 3000 emplois. La part de la R&D dans l’emploi a chuté, quant à elle, de 28 %…

    Sanofi en dix ans…

    Chiffre d’affaires : + 24 % Bénéfice : + 60 % Dividendes : + 60 %
    + 107 %
    Taux de redistribution aux actionnaires
    + 91 %
    Rémunération du dirigeant
    Effectif mondial : + 7 % Effectif en France : - 11 % R&D dans l’emploi : - 28 %

    Au tournant des années 2010, en lançant son premier plan d’économie et de suppressions d’emplois, le nouveau directeur général d’alors Chris Viehbacher annonçait la couleur : les programmes de recherche supprimés – près de la moitié (40 %) de la R&D – devaient permettre à Sanofi de se concentrer sur « des projets à forte valeur et de réattribuer [les] ressources sur des partenariats externes » (1). En 2013, le nombre des programmes de recherche passe d’un coup de 115 à 32… Des sites de R&D en France et à l’étranger sont fusionnés ou fermés. Des milliers d’emplois sont supprimés. Le « champion français » se lance dans des acquisitions tous azimuts, ciblant principalement des firmes biotechnologiques. Pas moins de 18,5 milliards d’euros sont ainsi déboursés dès 2011 pour acquérir Genzyme, spécialiste des maladies rares. D’autres énormes chèques suivront, ici dans les biotechnologies, là dans les nanotechnologies (2).

    Le nombre des programmes de recherche passe d’un coup de 115 à 32.

    S’y ajoutent une quantité importante d’accords de développement, par lesquels Sanofi acquiert, en échange de financements, les droits sur un futur médicament conçu par une firme partenaire. Le partenariat de ce type avec Regeneron, stratégique puisque concernant le cancer, représentait à lui seul 27 % du budget de recherche de Sanofi, selon des documents cités par François Ruffin dans son livre de 2018 Un député et son collab’ chez Big Pharma (éditions Fakir). Pourtant, cette politique n’est pas un gage d’efficacité, selon cette même source : « Sur la période 2012-2015, 61  % des molécules arrêtées en cours de développement proviennent d’accords de licence ou d’acquisitions. » Autrement dit, une grande partie des molécules achetées rubis sur l’ongle par le groupe à des start-ups biotechnologiques se sont révélées décevantes.

     
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